ludmilla

cerveny

Safe as houses, exposition personnelle au Lieu Minuscule du 9 novembre 2017 au 15 janvier 2018 (Reims, FR)

 

Vivre dans un monde c’est tisser avec lui des liens sans cesse renouvelés,

être immergé tout entier dans un paysage sémantique, sensoriel et phénoménologique. Cette conscience de soi comme lieu d’échange (et de résistance à l’échange) est d’autant plus marquée aujourd’hui que nos corps sont contraints de s’extraire de leurs paysages naturels pour aborder des milieux inconnus et hostiles.

 

Ainsi, avant de m’installer à Bruxelles j’avais toujours vécu en Lorraine et

malgré quelques voyages en dehors de ce territoire, je n’avais jamais observé

ma culture de bien loin, ni compris à quel point j’étais liée à elle. L’expé-

rience de déterritorialisation m’a confrontée aux exigences du vivre ensemble

et m’a fait connaître le vertige du désert, désert sémantique s’entend.

Mon travail de coloré et bidimensionnel est passé à monochromatique et

tridimensionnel.

 

Est-ce d’être issue d’enfants d’immigrés1 qu’est née cette angoisse permanente d’une maison qui soit point de repère et ancrage ? Partout, maintenant, sans cesse, des populations migrent, fuyant guerres ou catastrophes climatiques, et cherchent à s’arrimer à quelque territoire où poser ses bagages et se refaire une vie. Cette errance, pour ma part, je la conjure en imaginant ces maisons, comme autant d’ossatures d’espaces rêvés posés au milieu du vide.

 

La maison 07, présente sous différents formats dans cette exposition, est la

dernière et marque mon retour sur ma terre d’origine. Son programme est

d’abriter un existence à deux sous le régime de l’idiorrythmie (chacun à

son rythme). Elle est pourvue de deux espaces de travail, de deux chambres

et d’un espace commun où se trouvent une bibliothèque murale, une table

ronde et un divan circulaire, pour échanger. A l’instar des précédentes, elle

dispose d’un poste d’observation sur l’immensité du dehors depuis une unité

réalisée à l’échelle du corps. Cette loge est ici suspendue, compliquée d’accès,

elle scrute l’horizon à la fois comme réceptacle et boite d’émission.

 

Bien entendu, cette vision idéale de la maison – dans sa conception et son

occupation - est mise en tension avec ce sentiment de perte insondable qui

fait déclarer aux philosophes ayant survécu à la guerre que « le temps des

maisons est passé »2, qu’« on ne sait plus habiter »3.

 

Je trouve ainsi ma propre façon d’habiter un monde ambivalent, empli de

torpeur et de douceur, bouillonnant de fictions secrètes ou avortées, d’espoirs

sincères, de fragments alternés d’inquiétude et d’apaisement.

 

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1. Slovaques, allemands et italiens.

2. Theodor Adorno

3. Martin Heidegger

© Ludmilla Cerveny