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L'espace blanc

 

Ludmilla Cerveny construit des images. Ni dessins, ni photographies, l'artiste joue avec le vocabulaire propre à chacune de ces techniques pour créer son propre langage formel et esthétique. Chacune de ces images est construite par une succession de plans plus ou moins abstraits, dans lesquelles la lumière et les ombres jouent un rôle déterminant et nous confrontent à un espace intérieur, replié sur lui-même, que nous observons depuis l'extérieur. Les espaces sont vides et le corps humain en est totalement absent. Pour autant, la présence de halos de lumière, de chaises ou encore d'échelles nous renvoient l'image de territoires habités par une présence fantomatique de nos corps.

 

Observateur, le regardeur l'est également dans les maquettes / sculptures que Ludmilla Cerveny crée. Des volumes dans lesquels nous ne pouvons pénétrer ni même nous projeter tant les proportions et les échelles peuvent nous sembler disproportionnées - un sentiment renforcé par la présence de reliques personnelles de l'artiste qu'elle dispose dans chacune de ces cabanes.

 

En s'attachant à revenir à l'essence de la photographie (en questionnant les notions de cadrages et de lumières), mais aussi à celle de l'architecture (en construisant des abris et en imaginant des espaces de circulations), l'artiste parvient à tirer le meilleur de chacun des médiums qu'elle utilise en redonnant à chacune de ces images leurs fonctions contemplatives.

 

Alex Chevalier, L'espace blanc, novembre 2016

 

Ce texte a été publié en anglais sur le webmagazine Coeval :

http://www.coeval-magazine.com/coeval/ludmilla-cerveny

Sans-titre

 

Ludmilla Cerveny crée des espaces de l’intérieur, son intérieur : un théâtre intime à l’esthétique mesurée qui attend ses acteurs. Maisons à vivre, plateformes où se lover, où se cacher, où s’exposer, elles sont structures fragiles et révèlent des lieux secrets, des espaces fermés, révélés, en attente. Entourés de déserts, des étendues intrigantes complètent son langage : natures mortes ou terribles, qu’elle seule habite, ou qui l’habitent. A travers ce jeu d’espaces physiques ou représentatifs, du dedans ou du dehors, elle interroge la notion d’habiter mental et par là sa relation à elle même et au monde.

 

Julien Rubiloni, avril 2016

Entretien entre Corentin Grossmann (artiste-curateur) et Ludmilla Cerveny à l'occasion de l'exposition 'Appels' à la galerie du Granit à Belfort du 5 novembre au 17 décembre 2016.

 

Corentin : Ludmilla, dans ton blog dailydrama que tu alimentes très fréquemment, on passe librement de la photo "de commande" à l'autoportrait, de la création en 3D d'espaces fantasmés à la citation littéraire ou à un texte de ton cru.

A travers ces différentes pratiques, plusieurs éléments reviennent de manière quasi obsessionnelle, sous différentes formes,  tels que la fenêtre, la chaise, l'ampoule ...

Que signifient pour toi ces motifs?

 

Ludmilla : Dailydrama a pour vocation d’être un laboratoire visuel et vivant, de mes recherches. J’y expérimente à partir de la masse d’images (photographies « réelles » ou images de synthèses) que je produis en permanence. L’articulation entre une publication et sa précédente est réfléchie, que ce soit de proche en proche, par analogie ou au contraire par une cassure franche. Les écrits, plus rares, entrent en résonance avec les images, celles-ci étant souvent nourries d’images littéraires, glanées au fil des lectures.

 

Si des motifs semblent se répéter dans beaucoup d’images, c’est qu’ils constituent (en partie) l’ossature de mes questionnements sur l’architecture : la fenêtre est un passage (d’une extériorité à une intériorité), un cadrage, un thème primordial et récurrent pour tout architecte, la chaise est la plus petite architecture pour le corps humain et de fait le suggère mais sans que celui-ci soit forcément présent, l’ampoule quant à elle est un mini soleil qui projette des ombres mais rassemble aussi par sa lumière l’espace qu’elle englobe. A ceci s’ajoute le motif de l’échelle qui (par l’espacement entre ses barreaux) donne l’échelle de l’espace où elle se trouve et suggère une circulation verticale. Mais mon obsession quant à ces quatre thèmes n’est pas de chercher à faire des variantes mais bien d’en éprouver, d’en retrouver l’essence.

 

 

Corentin : Véritable ou ajouté sous photoshop, Le grain photo, le bruit semblent également te fasciner. Pourquoi? Est-ce encore une manière de "brouiller les pistes"?

 

Ludmilla : Mon intérêt va pour sa vibration et pour la matérialité qu’il appose, en couche superflue sur l’image qu’il recouvre. Le mot bruit est peut-être le plus juste des deux, tant je lui donne des propriétés sonores : un bruit blanc se surimprimant à l’image.

 

Que ce soient mes photographies ou mes images de synthèses, toutes sont des espaces de rêverie or le bruit permet ce décollement, ce flou du regard qui laisse l’esprit vagabonder. Le bruit concerne (la plupart du temps) des images noires et blanches dont les nuances de gris suggèrent le gris du texte mais aussi une certaine neutralité. Mais en effet, le but est de brouiller les frontières entre le numérique et l’analogue, entre le réel et le virtuel et de créer - de fait - un espace autre, atemporel, distancié.

© Ludmilla Cerveny